L’UEFA a officiellement lancé un appel d’offres stratégique pour l’attribution des droits de diffusion de la Ligue des champions à partir de 2027, une consultation qui fait déjà trembler Canal+ tant la concurrence s’annonce inédite. Pour la première fois, des géants technologiques comme Amazon, Netflix, Apple ou YouTube sont clairement identifiés comme cibles potentielles de ce nouveau format de mise en concurrence. L’objectif de l’UEFA est simple : maximiser la valeur commerciale de la compétition et attirer les plateformes internationales de streaming qui disposent d’une puissance financière considérable. Cette ouverture du marché marque une rupture majeure avec les cycles précédents, traditionnellement dominés par les chaînes historiques et les groupes audiovisuels nationaux.

Le cœur de cet appel d’offres repose sur un lot premium taillé sur mesure pour séduire les acteurs du numérique : l’affiche du mardi soir, les images exclusives de la finale, la Supercoupe d’Europe et une large sélection de contenus digitaux conçus pour l’exploitation sur les réseaux sociaux et les plateformes streaming. En élargissant ainsi son offre, l’UEFA entend adapter ses droits aux nouvelles habitudes de consommation, où le visionnage multi-écrans et le direct digital prennent le pas sur la télévision linéaire. Cette stratégie répond à une ambition claire : augmenter les revenus annuels de la Ligue des champions et franchir un nouveau palier financier, avec l’objectif d’atteindre plus de cinq milliards d’euros par saison pour l’ensemble des compétitions européennes.

Pour Canal+, la menace est réelle. Le groupe français, qui investit aujourd’hui près d’un demi-milliard d’euros par an pour diffuser les compétitions européennes, pourrait voir son monopole fragilisé si Amazon décidait de s’engager pleinement sur ce lot premium. L’expérience réussie d’Amazon sur Roland-Garros, la Ligue 1 ou la NFL démontre sa capacité à s’imposer sur des marchés audiovisuels clés et à proposer une expérience de diffusion innovante, souvent plébiscitée par les abonnés. La marque américaine dispose en outre d’un avantage stratégique : son intégration dans l’écosystème Amazon Prime, qui permet de combiner sport, e-commerce et divertissement dans un même abonnement, renforçant sa compétitivité face aux chaînes traditionnelles.

L’UEFA, de son côté, ne masque pas son intention de moderniser son modèle économique. En proposant des lots multi-marchés et en ouvrant la porte à des acteurs capables d’acquérir des droits à l’échelle européenne, elle espère simplifier la gestion de ses accords tout en augmentant la valeur globale des droits. La réforme sportive prévue pour 2027 – avec un nouveau format de la compétition, davantage de matches, des affiches renforcées et une narration plus continue sur la saison – s’inscrit dans cette dynamique de renouveau médiatique. Avec plus d’équipes, plus de soirées premium et un calendrier optimisé pour le prime time, l’UEFA entend rendre son produit plus attractif que jamais pour les annonceurs et les diffuseurs mondiaux.

Pour les plateformes numériques, l’enjeu dépasse la simple acquisition d’un produit premium : il s’agit d’un moyen stratégique pour fidéliser les abonnés, renforcer leur visibilité internationale et affirmer leur positionnement comme diffuseurs majeurs de contenus sportifs. Amazon, en particulier, bénéficie d’une expérience solide dans la diffusion en direct, avec des infrastructures capables d’absorber des audiences massives, un savoir-faire technologique avancé et une capacité d’investissement largement supérieure à celle des groupes audiovisuels traditionnels. L’entreprise pourrait ainsi devenir un acteur central du sport européen, accélérant le basculement du marché du football vers un modèle hybride mêlant streaming, contenus enrichis et expériences interactives.

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