Le plus grand engagement d’Amazon en France depuis 25 ans
Le 5 mai 2026, Amazon a officialisé un plan d’investissement de plus de 15 milliards d’euros en France sur la période 2026-2028, présenté par le groupe comme son engagement le plus important dans le pays depuis son implantation il y a plus de 25 ans. Jean-Baptiste Thomas, directeur général d’Amazon en France, a décrit cette annonce comme la preuve tangible de la confiance du groupe dans l’avenir économique et technologique du pays. Un signal fort qui intervient dans un contexte de regain d’attractivité industrielle pour la France, portée notamment par la dynamique Choose France initiée par l’Elysée pour attirer les grands investisseurs internationaux. Amazon n’est pas le seul à avoir répondu à cet appel, mais l’ampleur de son engagement place cette annonce dans une catégorie à part. Depuis 2010, le groupe affirme avoir investi plus de 30 milliards d’euros dans le pays et être devenu, sur cette période, le premier créateur d’emplois directs en France avec plus de 25 000 salariés en CDI à date.
Logistique, cloud et intelligence artificielle au programme
L’enveloppe de 15 milliards couvre trois grands axes complémentaires. Le premier concerne le réseau logistique, avec la construction de nouveaux sites de distribution et la modernisation des infrastructures existantes, pour rapprocher les stocks des bassins de consommation, réduire les délais de livraison et diminuer les émissions de CO2 liées au transport. Le deuxième vise le renforcement des capacités cloud et intelligence artificielle via AWS, la division cloud d’Amazon, qui opère déjà en France dans le cadre d’un plan à long terme annoncé dès 2017. Ce volet technologique prend une importance croissante dans la stratégie du groupe, qui positionne la France comme l’un de ses hubs européens pour le développement de l’IA. Le troisième axe porte sur le développement commercial et le soutien aux PME françaises qui vendent sur la plateforme, un levier de légitimité important pour Amazon dans le débat public français. En 2024, les vendeurs tiers basés en France ont généré des milliards d’euros de ventes sur la plateforme, et plus de 500 PME de la seule région Centre-Val de Loire ont réalisé plus de 12 millions d’euros de ventes à l’export via Amazon.
Quatre nouveaux centres logistiques et 7 000 CDI à la clé
Sur le volet emploi, Amazon s’engage à créer plus de 7 000 postes en CDI à travers le pays sur la durée du plan. Les ouvertures débutent dès 2026 avec trois sites majeurs : Illiers-Combray en Eure-et-Loir avec 1 000 CDI, Beauvais dans l’Oise avec 1 000 CDI également, et Colombier-Saugnieu dans le Rhône avec 3 000 CDI, soit à lui seul près de la moitié des emplois annoncés. Un quatrième centre suivra à Ensisheim dans le Haut-Rhin d’ici fin 2027, avec 2 000 emplois supplémentaires. Ce dernier site, qui s’étendra sur environ 189 000 m² répartis sur trois niveaux, figurera parmi les plus vastes entrepôts d’Amazon en Europe et sera intégralement équipé des dernières technologies robotiques développées par le groupe.
Les recrutements s’effectuent sans condition de diplôme, sur le potentiel des candidats, en partenariat avec France Travail dans le cadre de la convention nationale renouvelée en 2025. Amazon précise cibler en priorité les publics éloignés de l’emploi : demandeurs d’emploi de longue durée, personnes en situation de handicap, jeunes en recherche d’emploi, seniors et bénéficiaires du RSA. Les salaires annoncés pour les agents logistiques débutent à plus de 2 000 euros brut mensuel, avec une progression à plus de 2 500 euros après deux ans d’ancienneté, auxquels s’ajoutent un treizième mois, une prime annuelle et des dispositifs de congé parental renforcés. Le groupe met également en avant un budget de 50 millions d’euros dédié à la formation de ses 25 000 collaborateurs en France d’ici 2030, soit un effort notable dans un secteur souvent critiqué pour la faiblesse de ses perspectives d’évolution.
Des retombées territoriales revendiquées, des précédents à l’appui
Amazon ne se contente pas d’annoncer des chiffres nationaux. Le groupe détaille les retombées locales attendues en s’appuyant sur des précédents concrets. Le site d’Augny près de Metz, ouvert récemment, est ainsi présenté comme étant devenu en l’espace d’un an le premier employeur privé de la Moselle, avec 4 000 emplois créés et 2,5 millions d’euros de contributions fiscales locales enregistrées en 2023. Amazon avance que les futurs sites pourraient générer des effets comparables dans leurs bassins d’implantation respectifs, tant en termes d’emplois directs qu’indirects. Selon une étude Keystone citée par le groupe, ses investissements en région Centre-Val de Loire ont soutenu plus de 2 500 emplois indirects en 2024 et contribué à plus de 2,5 milliards d’euros au PIB régional. Les maires des communes concernées ont globalement accueilli favorablement ces annonces, y voyant une opportunité de dynamisation économique pour des territoires parfois éloignés des grands pôles urbains.
Un plan qui soulève aussi des questions
L’annonce ne fait pas l’unanimité dans les milieux économiques et médiatiques. Plusieurs observateurs, dont Usine Nouvelle, soulignent que ce chiffre de 15 milliards agrège des projets déjà connus, des dépenses d’exploitation courantes et des investissements AWS annoncés de longue date, et que la part réellement nouvelle et additionnelle reste difficile à évaluer précisément. La question de la transparence sur la décomposition de cette enveloppe reste entière. Par ailleurs, la France demeure un marché traversé par des débats persistants sur la fiscalité des grandes plateformes numériques, les conditions de travail en entrepôt, et la pression exercée sur les commerces locaux et les acteurs logistiques indépendants. Amazon est aujourd’hui la troisième implantation du groupe hors des Etats-Unis, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni. Ce plan, quelles qu’en soient les nuances, confirme l’intention du groupe de renforcer encore davantage sa position en France à horizon 2028.