Un accord annoncé lors de la conférence Code with Claude
Le 6 mai 2026, lors de la conférence annuelle “Code with Claude” à San Francisco, Anthropic a officialisé un partenariat stratégique d’infrastructure avec SpaceX, l’entreprise aérospatiale d’Elon Musk. L’annonce a immédiatement fait l’effet d’un coup de tonnerre dans l’industrie : Anthropic, le laboratoire d’IA fondé en 2021 par Dario Amodei et ses collègues issus d’OpenAI, s’allie à l’écosystème Musk pour accéder à l’intégralité de la capacité de calcul du data center Colossus 1, situé à Memphis dans le Tennessee. Un retournement de situation d’autant plus spectaculaire qu’Elon Musk avait qualifié Anthropic de société qui “déteste la civilisation occidentale” quelques mois plus tôt sur son réseau X.
300 mégawatts et 220 000 GPU Nvidia : ce que couvre l’accord
Le coeur de l’accord est massif. Anthropic accède à l’ensemble de la puissance de calcul de Colossus 1, soit plus de 300 mégawatts d’électricité et plus de 220 000 processeurs graphiques Nvidia, incluant les modèles H100, H200 et les puces de dernière génération GB200. Pour donner un ordre de grandeur, 300 mégawatts correspond à la consommation électrique d’environ 250 000 foyers américains, et représente à peu près le double de ce qui avait servi à entraîner GPT-4 chez OpenAI. En une signature, Anthropic met la main sur l’équivalent d’une année complète de roadmap infrastructure.
Colossus 1 est un cluster de calcul construit dans une ancienne usine Electrolux reconvertie, monté en 122 jours entre juillet et novembre 2024 à un rythme imposé par la pression concurrentielle de Musk face à OpenAI et Google. L’infrastructure est entièrement refroidie par liquide direct-to-chip et répartie sur 1 500 racks. Ce data center avait initialement été conçu pour alimenter Grok, le modèle d’IA maison de xAI. Voir Anthropic en prendre le contrôle exclusif place xAI dans une position pour le moins inconfortable.
Des effets immédiats pour les utilisateurs de Claude
L’accord n’est pas une promesse à long terme : ses effets ont été annoncés comme immédiats. Dès le 6 mai, Anthropic a communiqué sur plusieurs améliorations concrètes pour ses abonnés. Les limites d’usage de Claude Code sur cinq heures ont été doublées pour les plans Pro, Max, Team et Enterprise. Les restrictions appliquées en heures de pointe ont été supprimées pour les comptes Pro et Max. Les plafonds de débit de l’API pour les modèles Claude Opus ont par ailleurs été significativement relevés, avec le volume de jetons d’entrée par minute passant par exemple de 2 millions à 10 millions pour les utilisateurs de rang 4. Ces mesures répondent à un problème concret : Anthropic était victime de son propre succès, avec des abonnés Pro qui se plaignaient d’épuiser leurs crédits en quelques minutes. La puissance de Colossus 1 était disponible sous trente jours selon les communiqués.
Un contexte insolite : xAI absorbé par SpaceX
Ce partenariat s’inscrit dans un contexte de restructuration majeure. La veille de l’annonce, le 7 mai 2026, SpaceX a officialisé l’intégration de xAI en tant que ligne de produits interne baptisée SpaceXAI, marquant la dissolution de l’entité indépendante. Cette fusion transforme SpaceX en opérateur de neocloud à part entière, capable de commercialiser sa puissance de calcul auprès d’acteurs tiers, y compris des concurrents directs de ses propres activités IA. Pour SpaceX, c’est une décision industrielle froide : monétiser un actif disponible pendant que Colossus 2, plus grand, reste dédié aux charges d’entraînement internes. Pour xAI en revanche, la transition est significative : son rival direct Claude bénéficie désormais d’un accélérateur situé au coeur même de l’orbite Musk.
Vers des data centers en orbite
L’élément le plus futuriste de l’annonce passe presque inaperçu dans la couverture médiatique : Anthropic a exprimé son intérêt pour co-développer avec SpaceX plusieurs gigawatts de capacité de calcul en orbite. L’idée de data centers spatiaux n’est pas nouvelle dans les cercles de la Silicon Valley, mais elle prend une tout autre dimension lorsqu’elle est formulée par deux acteurs disposant des moyens techniques et financiers de la concrétiser. Pour SpaceX, dont l’introduction en bourse est attendue, c’est également un argument de valorisation supplémentaire.
La guerre du compute redessine l’IA générative
Cet accord illustre la transformation profonde qui s’opère dans le secteur de l’intelligence artificielle. La bataille ne se joue plus uniquement sur la qualité des modèles, car Claude, GPT, Gemini et Grok sont devenus relativement comparables sur la plupart des benchmarks publics. Elle se joue désormais sur la capacité à sécuriser de l’énergie, des puces et des infrastructures critiques en un temps record. Anthropic multiplie d’ailleurs les accords de ce type : un accord pouvant atteindre 5 gigawatts a été conclu avec Amazon, incluant près de 1 gigawatt de nouvelles capacités d’ici fin 2026, tandis qu’un accord de même ampleur a été signé avec Google et Broadcom dont le déploiement débutera en 2027. Un partenariat avec Microsoft et Nvidia incluant 30 milliards de dollars de capacités sur Azure a également été annoncé. La stratégie multi-cloud d’Anthropic contraste avec celle d’OpenAI, qui mise davantage sur Stargate, son projet d’infrastructure dédié. Dans les deux cas, l’enjeu est le même : qui disposera de la puissance brute nécessaire pour servir des milliards de requêtes par jour sans saturation, et à quel prix.