La France vient de faire marche arrière sur l’un de ses dispositifs fiscaux les plus récents. La taxe nationale de 2 euros sur les petits colis importés, entrée en vigueur le 1er mars 2026, ne s’applique plus depuis le 1er juillet. Elle laisse place à un droit de douane forfaitaire européen de 3 euros par catégorie d’article, applicable à tous les colis d’une valeur inférieure ou égale à 150 euros entrant dans l’Union européenne.

Une taxe nationale rapidement dépassée par les faits

La taxe française avait été conçue comme une mesure transitoire, en attendant un dispositif harmonisé au niveau européen. Dans les faits, elle n’a jamais atteint son objectif. Le gouvernement tablait sur 400 millions d’euros de recettes annuelles, mais la taxe n’en a généré que 2,3 millions par mois. Le directeur général des Douanes a évalué à 90 % la part du volume de colis détournée vers d’autres pays européens depuis l’entrée en vigueur du dispositif.

Le mécanisme de contournement était simple à mettre en œuvre pour les plateformes concernées. En faisant dédouaner les marchandises dans des pays voisins comme la Belgique ou les Pays-Bas avant de les acheminer vers la France, les opérateurs évitaient purement et simplement la taxe française. Un problème que le cabinet du ministre du Commerce a résumé en rappelant qu’à l’intérieur d’un marché unique, une taxe strictement nationale ne se justifiait plus face à des flux capables de se réorganiser à l’échelle du continent.

Comment fonctionne le nouveau droit de douane européen

Le nouveau dispositif s’applique de façon uniforme dans toute l’Union européenne. Il ne s’agit plus d’un montant fixe par article, mais d’un forfait de 3 euros par catégorie d’articles présente dans un colis, selon la nomenclature douanière combinée. Un colis contenant deux jouets, un manteau et deux bouteilles de parfum, soit trois catégories différentes, sera ainsi taxé 9 euros. Un colis regroupant trois t-shirts et une paire de chaussures, soit deux catégories, sera taxé 6 euros.

Ce sont les plateformes et les vendeurs qui expédient les marchandises vers l’Union européenne qui acquittent ce droit de douane, et non plus le consommateur final au moment du dédouanement national. Une partie des recettes collectées, à hauteur de 25 %, sera reversée à l’État membre qui procède au dédouanement, ce qui change la logique de financement par rapport à la taxe française, entièrement captée par le budget national.

Le dispositif va encore évoluer. À partir du 1er novembre 2026, une redevance de gestion européenne viendra s’ajouter, destinée à couvrir les coûts liés au traitement des flux de colis à l’échelle de l’Union. Ses modalités précises restent à définir dans les prochains mois.

Ce que ce changement implique pour les marques

Ce basculement confirme une tendance de fond : la régulation du commerce en ligne transfrontalier ne peut plus se penser à l’échelle d’un seul pays face à des plateformes capables de réorienter leurs flux logistiques en quelques semaines. La France n’est d’ailleurs pas isolée dans ce constat, l’Italie ayant suivi une trajectoire similaire en suspendant sa propre mesure nationale.

Pour les marques et les distributeurs qui importent des produits à faible valeur depuis des pays tiers, ce nouveau cadre implique un mode de calcul différent, fondé sur le nombre de catégories d’articles plutôt que sur le nombre de pièces. Une vigilance particulière est nécessaire sur la manière dont les colis sont composés et déclarés, puisque le montant total peut varier significativement selon le regroupement des références dans un même envoi. Les acteurs qui structurent déjà leur logistique en anticipant ces règles harmonisées limiteront les mauvaises surprises lorsque la redevance de gestion complémentaire entrera en application en novembre.

 

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