Un hub technologique installé dans les anciens studios de U2

Dans le quartier des Silicon Docks de Dublin, Zalando a installé l’un des piliers discrets mais essentiels de son architecture technologique. Le Tech Hub occupe un bâtiment chargé d’histoire, autrefois utilisé comme studios d’enregistrement par U2. C’est là, dans ce quartier devenu l’épicentre de la tech européenne, que le géant allemand de l’e-commerce de mode développe les outils qui façonnent l’expérience de ses 62 millions de clients actifs répartis sur 29 marchés européens. Le site emploie aujourd’hui une centaine de spécialistes, et son directeur des développements produits, Mike Mulligan, résume l’enjeu central de leur mission en une seule question : comment aider le consommateur à choisir parmi 1,5 million d’articles issus de 7 000 marques sans le perdre en route ?

L’intelligence artificielle au service du choix vestimentaire

C’est précisément ce défi du choix que le Tech Hub de Dublin cherche à résoudre par la technologie. L’une des réalisations les plus abouties présentées lors de la visite est l’Assistant Zalando, un outil de recherche conversationnel fondé sur l’intelligence artificielle générative. Plutôt que de naviguer dans des filtres classiques, le client peut formuler une demande en langage naturel, par exemple en précisant qu’il cherche une tenue pour un mariage en été à Madrid, et obtenir une sélection contextuelle tenant compte de la météo, du code vestimentaire et de ses préférences personnelles.

La démonstration s’est poursuivie avec deux autres outils représentatifs de la vision de Zalando : la cabine d’essayage virtuelle, qui permet de projeter des vêtements sur une silhouette personnalisée, et le générateur de tenues complet. Ces fonctionnalités visent à résoudre l’un des problèmes chroniques du e-commerce de mode, à savoir l’incertitude autour des tailles et des associations de pièces. Mike Mulligan a notamment illustré la sophistication du système avec un exemple concret : la capacité à notifier automatiquement un utilisateur du retour en stock d’une paire de baskets dans sa pointure exacte, ou à lui proposer des alternatives immédiates si le produit reste indisponible. Une logique de service personnalisé à grande échelle que Dublin contribue directement à construire pour l’ensemble du groupe.

Irlande, régulation numérique et présidence du Conseil européen

La matinée au Tech Hub s’est prolongée par une table ronde consacrée aux défis réglementaires qui structurent désormais l’agenda des entreprises technologiques en Europe. Le débat réunissait Daniel Enke pour Zalando, James Farrell représentant l’IDA Ireland, et Andrew Byrne du Département des Affaires étrangères irlandais, dans un contexte particulier : l’Irlande s’apprête à prendre la présidence du Conseil européen, ce qui lui confère un rôle de premier plan dans la mise en oeuvre du Digital Rulebook et de l’AI Act.

Pour Andrew Byrne, l’heure est à la clarté d’application plus qu’à la multiplication des textes. Il a insisté sur la nécessité de démontrer le bon niveau de volonté politique autour du cadre numérique, en communiquant sur la nécessité d’une meilleure réglementation plutôt que d’un excès de réglementation. James Farrell a quant à lui rappelé le rôle stratégique de l’Irlande comme terre d’accueil historique pour les entreprises technologiques, et l’importance de soutenir des acteurs comme Zalando qui participent activement au dialogue économique local. Daniel Enke a de son côté mis en garde contre les risques de fragmentation législative entre les États membres, soulignant que la clarté réglementaire est un facteur essentiel de compétitivité pour les entreprises qui opèrent à l’échelle du continent. L’enjeu des prochains mois sera précisément de stabiliser ce cadre pour offrir aux entreprises la visibilité nécessaire à leurs investissements technologiques de long terme.

Robert Gentz : des tongs à 15 % de la population de l’UE

Pour clore la matinée, Robert Gentz, co-fondateur et co-PDG de Zalando, est intervenu pour retracer la trajectoire de l’entreprise depuis ses débuts il y a dix-huit ans. La formule est devenue presque iconique dans les couloirs du groupe : Zalando a commencé par vendre des tongs depuis un appartement berlinois en 2008, avant de devenir une infrastructure commerciale servant aujourd’hui environ 15 % de la population de l’Union européenne. Un chemin qui illustre autant la puissance du e-commerce comme moteur de croissance que les exigences opérationnelles et technologiques que ce modèle impose à grande échelle.

Robert Gentz identifie deux axes majeurs pour l’avenir de la plateforme. Le premier est l’intelligence artificielle, qu’il considère comme le vecteur principal de la prochaine phase de développement de la mode en ligne, notamment pour personnaliser l’expérience et automatiser les décisions à grande échelle. Le second est la seconde main, un segment en forte croissance mais aux marges structurellement plus faibles que le neuf, qui exige une efficacité opérationnelle exemplaire. Pour y répondre, Zalando mobilise des algorithmes capables de déterminer le prix de rachat juste pour chaque article en fonction de son état, de la demande et du marché. L’objectif affiché est de rendre le marché de l’occasion aussi fluide et pratique que l’achat de produits neufs, en capitalisant sur ce que Zalando sait déjà bien faire : la logistique, la personnalisation et la gestion de catalogue à grande échelle.

Une ambition européenne assumée

Robert Gentz a conclu son intervention sur une note plus politique, appelant l’Europe à se doter d’une vision industrielle plus affirmée et plus offensive. Tout en reconnaissant la légitimité de la régulation, il a exhorté les institutions européennes à mettre en place des avantages compétitifs concrets pour les entreprises du continent, afin qu’elles puissent s’imposer sur la scène mondiale face aux géants américains et asiatiques. Un appel qui résonne d’autant plus fort que Zalando est l’une des rares success stories e-commerce véritablement européennes à avoir atteint une taille critique, et que le Tech Hub de Dublin en est l’un des moteurs les moins visibles mais les plus actifs.

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